Jeudi 24 juin 2010 4 24 /06 /Juin /2010 23:58

A trois heures de route d’Istanbul, proche de la Bulgarie et de la Grèce, «L’Andrinople antique (ancien nom d’Edirne) est loin d’être une morne et triste ville frontière sans intérêt», lit-on dans le guide de la Turquie Le petit futé. En effet, Edirne était la deuxième capitale de l’Empire Ottoman, après Bursa et avant Istanbul et recèle à ce titre de nombreux trésors architecturaux qui méritent d’être vus si vous êtes de passage à Istanbul. Une journée suffit, et pour les plus rapides, une demi-journée, pour faire le tour du centre-ville et la visite des plus grands monuments.

 

Pour y aller, c’est simple: le plus rapide est de prendre un car. Les liaisons sont assurées presque toutes les heures entre Istanbul et Edirne, au retour aussi. Voulant bien profiter de cette journée, je me suis levée à 6h, et mon car était à 9h, mais il faut prendre des navettes pour se rendre à la gare routière centrale. C’est finalement très agréable de se lever tôt le matin, c’est un des rares moments de la journée, pendant lequel on échappe à la chaleur harassante des journées de juin à Istanbul. Les rues sont désertes, pas de circulation, pas de bruit, seulement le gazouillis des oiseaux. La ville sommeille encore pendant les derniers instants de fraîcheur.

 

 

D’Istanbul, nous longeons la mer Marmara, puis la campagne. La fraîcheur n’aura été que de courte durée. Edirne, située dans les plaines, n’est pas balayée par le vent du Bosphore, et ne connaît pas l’humidité. Le climat est plutôt semblable à celui de la Provence, sec, très ensoleillé. Il y a même le chant des criquets, et les champs de blé. Les gens pique niquent dans les parcs, et y font le sieste à l’ombre des arbres, autour des grandes mosquées.

 

Il est facile de se repérer à Edirne, les principaux sites sont autour de la place du centre ville, le bazar et les mosquées. Je commence par visiter l’Eski Cami (la vieille mosquée). C’est l’une de plus anciennes.

 

 

Dévorée par la curiosité de découvrir la mosquée Selimiye, dont on dit que c’est une des plus belles de Turquie et sans doute le chef d’œuvre de l’architecte Sinan, malgré la soif et la faim, je me dirige vers celle-ci. Elle est construite sur une colline, on peut donc l’apercevoir de très loin, avec ses quatre minces et grands minarets à trois balcons. Elle abrite aujourd’hui, des boutiques et une ancienne medersa, transformée en musée d’art turc et islamique. C’est dit-on la mosquée ottomane la plus harmonieuse qui marque l’apogée d’une forme d’art. Construite entre 1569 et 1575, Sinan avait cru avoir réussi à construire une coupole plus large que celle de Ste Sophie. Mais il se trompait de peu, celle de Ste Sophie est un peu plus profonde. Les coupoles sont très différentes de ce que l’on peut voir dans les mosquées d’Istanbul, les peintures raffinées sont différentes. La décoration intérieure est faite des célèbres faïences d’Iznik. Le minbar est en marbre sculpté et est un des plus beaux de Turquie. Au milieu de la salle de prière, se trouve le müesli mbfili qui recouvre une petite fontaine. Celui est décoré de peintures d’un grand raffinement et qui datent du XVI°siècle.

 

 

Après avoir avalé un simit et de l’eau fraîche, je continue mes visites. Cette fois-ci, je m’enfonce plus dans les quartiers résidentiels. Je cherche la mosquée Muradiye, qui est isolée du reste des monuments. Je traverse les rues, faites de maisons minuscules, colorées, et vétustes. Plus loin, les maisons sont encore plus précaires, mais la vie résonne. La mosquée surplombe une plaine de champs. Elle paraît déserte et abandonnée. La porte d’entrée se trouve de l’autre côté de la cour. Vieille de 1435, elle abrite des magnifiques faïences d’Iznik. Cette mosquée m’a fait fort pensé à ce que j’avais vu auparavant à Bursa, le bleu turquoise et le bleu foncé mêlés à l’ocre, c’est très beau. Le reste des peintures, sont très abîmées et il n’en reste que quelques traces. P1013233.JPG 

 

 

C’est là que j’ai rencontré Kiyasettin, l’imam de la mosquée Muradiye. Après avoir attendu que la prière soit terminée dans la partie réservée pour les femmes, pour visiter la mosquée, l’imam m’a offert café au lait et crackers. Ceux qui connaissent mon piètre niveau en turc seront bien étonnés, mais oui, j’ai réussi à communiquer avec Kiyasettin avec un certes un turc très approximatif, mais nous avons néanmoins passé l’après-midi ensemble. Le prochaine prière n’étant qu’à 5h, il m’a emmené faire le tour de la ville en voiture, et dans les principaux sites sous prétexte qu’il faisait trop chaud et que certaines mosquées étaient éloignées du centre. Et quand un turc vous propose quelque chose de bon cœur, il difficile, voire impossible de dire non.

 

 

C’est ainsi qu’il m’a emmené à la mosquée Beyazit II, dont la cour est en chantier. Une partie abrite le musée de la santé, anciennement un asile d’aliénés. La loge du sultan est particulièrement belle. Avant de remonter dans la voiture, nous avons déguster des cerises sur le bord du chemin. L’inconvénient de n’être plus seul, c’est que les visites sont rapides et que je ne prends moins de temps pour apprécier les lieux qui s’offrent à moi et de prendre de belles photos.

 

 

 Ensuite, nous avons visité, moi et mon guide, la mosquée aux trois galeries. Celle-ci est trèsP1013262 surprenante et originale. Se dressent aux quatre coins, quatre minarets de formes différentes dans le ciel. La gourmande que je suis, a vu dans l’un deux, une sucette torsadée. L’architecture de la mosquée, elle-même, est originale. Elle m’a rappelé la forme rectangulaire et non pas carrée de la mosquée Omeyyade de Damas. Cette mosquée est longtemps restée le monument le plus imposant de l’Empire Ottoman.

 

 

 Ayant visité les principales mosquées, nous faisons un tour dans le bazar. Il me propose d’acheter de nouvelles chaussures, plus pratiques à enfiler et déchausser pour les visites de mosquées. Mais n’ayant pas trouver chaussures à mon pied, il me propose finalement de goûter une spécialité d’Edirne. Ce sont des lambeaux de poumons fris, si j’ai bien compris. Je vois d’ici votre mine dégoûtée, mais je vous assure que c’était très bon!

 

 

 

En remerciant bien mon guide et mon ami l’imam, nous nous sommes quittés près du bazar. Me restant encore du temps pour profiter de la ville, je décide quand même de faire un tour au musée des Arts turcs et islamiques, qui se trouve dans l’enceinte de la mosquée Selimiye. C’est un petit musée, apparemment gratuit, où sont exposés des objets de la vie quotidienne, des armes, des souvenirs militaires, des objets des mosquées, de l’art calligraphique, etc… Je me suis posée quelques instants dans la cour du musée, pour admirer la mosquée d’en bas, et les poans dans le jardin. Si vous en avez marre des musées, allez au moins admirer le magnifique paon et la vue renversante que l’on a sur la mosquée!P1013277.JPGP1013278.JPG

 

 

  

 

 Edirne, est aussi une ville connue pour le festival international de lutte turque, organisé tous les ans, dans le courant du mois de juillet, pendant une semaine. Edirne, c’est aussi une grande ville universitaire, reconnue pour sa formation en médecine. J’ai traversé en mini bus l’un des campus, c’est juste gigantesque: une ville dans la ville. Au retour, les bus étaient plein. J’ai du attendre une heure, pour avoir une place dans un car pour Istanbul. Nous sommes finalement reparti avec une demi heure de retard, et les adieux me paraissaient interminables: les jeunes étudiants turcs mettant les petites amies dans le car à destination d’Istanbul, pendant qu’eux restent à Edirne. Ils se parlaient à travers la vitre, s’envoyaient des baisers, s’envoyer des sms. Je n’irai pas plus loin, et je conclurai en vous recommandant la visite de cette très belle ville.

Par Chloé
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Mardi 8 juin 2010 2 08 /06 /Juin /2010 15:09

Depuis dimanche, il tombe sur Istanbul et toute la région des pluies diluviennes. Et quand il pleut à Istanbul, ça devient vite l’enfer. Vaut mieux rester chez soi pour ceux qui le peuvent. Les turcs l’ont compris: on ne reste pas au sec longtemps, même si vous avez un grand et costaud parapluie. Les femmes enfilent bottes en caoutchouc, laissent leur pantalon dans leur placard, et préfèrent des leggings. Elles enfilent un trench ciré, parapluie ouvert le temps de monter dans un taxi. Les hommes n’ont pas de tactique précise, à vrai dire, ils s’en foutent et endurent la pluie. D’autres pensent qu’ils passent entre les gouttes, c’est drôle de les voir se courber ou se pencher en avant, comme si ils allaient éviter la pluie de cette manière.

 

Certaines rues se transforment en ruisseau, d’autres en rivière ou encore en eau vive comme dans les rapides en montagnes. Je vous le dit, vos chaussures ont beau être en cuir, elles n’échapperont pas à la noyade. Les papiers et autres déchets flottent et descendent les avenues aussi rapidement que les voitures. En atteignant le trottoir, vous pensez être sauvés, et bien non. Là ce ne sont pas des flaques d’eau, mais des mini lacs. Trop larges pour l’enjamber, trop étendu pour le contourner, tant pis, on passe à travers. Quand votre pantalon n’est pas encore trop touché par les grandes eaux, il suffit qu’une voiture passe à côté de vous, et elle l’arrosera, ou alors que vous marchiez et tout d’un coup votre pantalon est trempé jusqu’au genoux, alors que vous n’aviez pas vu de flaque d’eau. Vous venez juste de marcher sur une dalle mal scellée!

 

 

Les raisons de ce désastre: la pluviométrie importante de la région, la topographie d’Istanbul, mais surtout le manque d’infrastructures: pas de bouches d’égout. Et la visite de Vladimir Poutine n'améliore rien à la situation.

 

Et quand vous pensez être à l’abri, une fois entré dans le bus ou dans la bibliothèque, prenez garde car vous risquez de prendre des goûtes sur la tête.

 

Bref, rien à faire d’autre que d’attendre que la pluie cesse et que le beau temps revienne. C’est l’occasion de réviser pour ses derniers examens ou de tenir à jour son blog et de vous informer des événements qui se sont produits à Istanbul ces derniers temps.

 

Le premier est culturel, il s‘agit de l‘exposition consacrée à un artiste contemporain, Botero, au Musée Péra. Le deuxième est politique et concerne la mobilisation de la société et des manifestations contre l‘intervention violente et meurtrière d‘Israël contre la flotille «Free Palestine» , et plus spécialement le navire turc, le «Mavi Marmara» en direction de la Bande de Gaza pour distribuer du matériel de première nécessité.

 

 Botero, un artiste célèbre mais mal connu. Je me souviens avoir vu des sculptures gigantesques de Botero à New York, sans savoir qu’il s’agissait de lui, dans un hall d’immeuble ou de centre commercial. C’était des sculptures énormes d’une femme et un peu plus loin un homme, tous deux aux formes généreuses, dont mes cousins et moi-même nous nous étions grassement moqués. Une autre fois, dans un musée privé à Paris, plusieurs pièces étaient consacrées aux peintures de l’artiste, qui m’avaient laissé perplexe. Je ne leur trouvais pas d’intérêt particulier. Mais le fait qu’il s’agisse d’une exposition spéciale, consacrée à un artiste en particulier et à certaines de ses œuvres, transforme une simple visite culturelle en une rencontre. Une rencontre spéciale, unique et inédite qui vous fait changer de regard et de perceptions sur ce qui vous laissait auparavant de marbre.

 

Les peintures du premier étage sont celles où il reprend les grands classiques de la peinture européenne du XVI au XX° siècle: Rubens, Manet, Cezanne, Giotto, Goya, Velasquez et les actualise de son propre style. Ce sont des personnages sophistiqués, dans un univers lyrique et enchanteur.botero3.jpg 

 

 «The only reason for a painter to paint is to crase his own world. The reality is already there, you dont need to paint that. You need to paint a parallele thing, that is an intellectual reality. It is like a poetry, music, littérature that exists in the mind of the artist and that people can enjoy.»

 

 Dès les premiers instants, on ne peut s’empêcher de remarquer la corpulence de ses personnages, et pourquoi le monde que s’est imaginé Botero, est un monde de gros, de personnages boule.betero.jpgBotero.jpg

 

 

 «No, I dont paint fat people! My stylistique goal lives in expanding scale. By doing so, I can increase the space to allow for the use of more colour, and I can better convey the sensuality, richness and voluptueusement of form that I vis to express.»

 

 

C’est son penchant pour l’hyperbolique et le fantastique. Plutôt que d’adhérer au dictat de la minceur, et dubotero-face.jpg mouvement hygiéniste de l’histoire moderne, laissez-vous séduire par ces formes généreuses, ces courbes rondes mais par les gestes fluides de ces personnages. Pour ma part, j’ai été conquise. Je n’avais qu’une seule envie, en regardant un film court sur les œuvres de l’artiste, autant ses peintures que ses sculptures, c’était de toucher, de palper les fesses des personnages, et de caresser les statues. J’ai compris l’attractivité des formes, et pourquoi elles attisent le regard de certains hommes. Un moment particulièrement drôle, c’est quand dans le reportage, la caméra filme des habitants d’une ville en Colombie qui se relayent jour et nuit pour nettoyer et faire briller consciencieusement la statue de Botero, d’une femme nue allongée allègrement, passant leur chiffon sur son ventre et ses fesses rebondies, entre ses cuisses généreuses, son visage avenant et ses seins, petits et ronds. Ça doit être décontractant. botero dos

 

Suite à venir... 

 

Par Chloé
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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 11:52

En lisant à une heure perdue mes textes pour le cours «Rapports sociaux de sexe», un texte de Fransesco Alberoni, Le choc amoureux, au chapitre 22: illumination. J’ai fait une grande découverte!

  

 Le texte aborde la différence dans la manière de penser et de concevoir la vie et le bonheur en Orient et en Occident. La pensée orientale préfère le langage psychologique plutôt que le langage philosophique. Autrement dit, en Occident, on privilégie la métaphysique, les choses abstraites: nous vivons pour une vie meilleure dans un au-delà. Les choses de la vie sont inséparables de la douleur. C’est justement la douleur qu’on cherche à éviter à tout prix en Orient: naissance, maladie, vieillesse, mort, être uni à celui qu’on n'aime pas, être séparé de celui qu’on aime sont synonymes de douleur. Ce qui constitue pour l’Occident le rêve ultime, est pour l’orient, le cauchemar à éviter.

 

Tout cela vous paraît bien abstrait, mais appliqué à l’état amoureux, tout devient plus clair. En Occident, on est à la recherche d’un seul être pour étancher notre soif. Au lieu de cela, les orientaux tentent de surmonter la soif; «au lieu du bonheur total et exalté, ils cherchent à dépasser, à la fois, le bonheur et la douleur: le nirvâna est cette béatitude d’où toute passion est bannie». On remplace l’amour par un art érotique, par lequel on tire du plaisir de soi-même et des autres, sans dépendre (c’est là que ça devient important) de cet être unique, particulier, différent de tous, irremplaçable, et par lequel on perdrait tout si on venait à le perdre. L’art érotique bannit les liens exclusifs, et exploitent les inclinaisons individuelles, les préférences de chacun.

 

Lieux de développement de ce savoir érotique : harem, groupes religieux avec le communisme sexuel (notion originale et intéressante) et prostitution religieuse.

 

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 Pour ce faire, on sape la base traditionnelle occidentale du couple conjugale et de la famille. Il n’y a pas de choix individuel, on ne choisit pas qui on va épouser. «L’art érotique permettait de tirer du plaisir d’un rapport qui, en lui-même, n’ aucune raison particulière de procurer plus de satisfaction qu’un autre.»

 

La sexualité est dissociée du mariage, de la passion et même de l’amitié pour une seule personne, à l’inverse de ce qui domine en Occident, dont l’évolution a été inversée: «l’éros passionnel a englobé la sexualité, l’amitié, le mariage, même la procréation.» Quand on y pense bien, il n’y a qu’en Occident que la monogamie a été érigée en idéal. A-t-on besoin d’aimer la personne avec laquelle on désire procréer? Tout cela repose sur l’incroyable individualisme en Occident et le caractère extraordinaire qu’on prête à chacun, il est unique et irremplaçable.

 

Dans la tradition orientale, la sexualité a son propre espace de l’extraordinaire dans l’art érotique, d’où est exclut la passion pour un individu unique et irremplaçable. Où je veux en venir, enfin l’auteur de cet ouvrage? C’est qu’ainsi dans la tradition orientale, on évite tout sentiment de jalousie pathologique, plus de tourments, plus de pétrification ni de nostalgie. L’auteur décrit la nostalgie comme «la maladie de l’Occident qui conserve dans notre cœur l’image merveilleuse d’un possible, en quelque sorte déjà vécu ou entrevu, et qui , peut-être, ouvrira toutes grandes les portes de l’époque heureuse, l’aube radieuse du jour nouveau.»

 

L’Occident aurait pu trouver le remède à ses maux, à ses épanchements pathétiques ou nostalgiques dans la tradition orientale. Et l’Orient a été contaminé par l’Occident.

 

Mais ce que nous ne dit pas notre cher Fransesco, c’est que c’est un art et un privilège réservé aux hommes. On a jamais vu un harem rempli d’hommes dévoués et au bon service des désirs d’une femme! Pour être digne et être respectée, la femme doit être vertueuse. La reine d’Angleterre, Elisabeth Ire, n’aurait certainement pas régné aussi longtemps et n’aurait pas été autant soutenue par ses sujets, si sa couronne n’était pas associée à sa virginité. De ce constat découle la question, en tant que femmes, quelle position opteriez-vous, celui de la concubine, qui a les honneurs ou la maîtresse parmi tant d’autres, qui a le privilège de faire plaisir et de se faire plaisir?harem-1.jpg

 

Ceci n’est pas une apologie de la polygamie ou de l’adultère, c’est juste l’occasion de faire la lumière sur quelque chose qu’on pensait acquis, naturel, qui va de soi dans nos sociétés.

Par Chloé
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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 01:49

Depuis quelques années, dans la nuit du 5 au 6 mai, les turcs célèbrent l’arrivée du printemps, comme dans de nombreux autres pays. Cette fête coïncide avec la venue sur terre de deux prophètes, Hizir et Ilyas, qui se sont rencontrés pour faire naître la nature. On a réuni les deux noms pour donner à cette fête celui d’Hidirellez. C’est avant tout une fête païenne, célébrée dans les villages et récemment dans les grandes villes.hidirellez-eminonu.jpg

 

 

 Des milliers de visiteurs se dirigent dans la quartier d’Ahirkapi, en contre-bas de Sultanahmet, entre la mosquée bleue et les anciennes murailles éclairées et les bords de la mer Marmara. Ce sont des familles, des couples, des groupes d’amis qui se rencontrent pour partager un moment de joie, autour d’un pique-nique, d’une fanfare. On danse, on chante au son de musiques populaires turques, balkaniques, tziganes. Les femmes revêtent pour l’occasion une jupe de tzigane, des couronnes de fleurs ou une unique fleur coincée dans les cheveux, des foulards autour de la taille ou de la tête. La fête est haute en couleur et en bonne humeur!

 

 On accroche dans les arbres ou on jette à l’eau le papier sur lequel on a écrit son vœu que le généreux Hizir exaucera. Il est celui qui aide à la prospérité, à la reproduction des animaux, à ce que les êtres humains aient force et santé à l’heure du printemps. Il est dans la coutume, de sauter tout au long de la nuit au-dessus du feu, mais ceux improvisés sur la pelouse sont vite éteints par les forces de l’ordre ou la sécurité.

 

 Hizir, sans le vouloir, développe plus que les forces de la nature et son épanouissement, également celui du commerce. Les vendeurs improvisés sont nombreux à vendre de l’Efes pour 5 lira la canette, des simits, des foulards et écharpes, pour se mettre dans l’ambiance. Je suis moi-même repartie avec un tambourin que j’ai emprunté…définitivement, dirons-nous!

 

Le printemps, c’est aussi la période des festivals en tout genre, mais surtout de musique. Au programme, Akon ou encore Mika en concert, dans la catégorie chanteurs internationaux. Mais la semaine dernière, nous avons surtout été à l’Adidas Street Party, à Karaköy, dans le même lieu qui a accueilli la biennale au début de l’année, en face de l’embarcadère pour les paquebots. De 14h à 2 du matin, skate, BMX, et autres attractions, et DJ invité pour la soirée. Certes c’était moins glamour que dans la campagne de pub, mais c’était fun!

 

Les beaux jours arrivant, il est temps d’aller se débarrasser de sa fourrure d’hiver. A Istanbul, fleurissent les instituts de beauté et de soin où l’on propose l’épilation au lazer. A cette époque de l’année, il y a des annonces de pub partout à destination des femmes comme des hommes, oui, les hommes turcs sont poilus la plus part du temps, et bien même! Il est donc plus difficile de trouver un institut qui fasse l’épilation traditionnelle, à la cire. Et quand par chance, vous en trouvez un, et que vous demandez le maillot, là on vous dit que c’est l’intégral ou rien! Aïe!

 

J’aime, l’étrangère fraîchement débarquée en Turquie, qui avoue presque gênée, que le turc qu’elle a rencontré, embrassait très mal. Description: un aspirateur, un râteau…ils vous prennent les lèvres à pleine bouche, et ne les mordillent pas avec leur dents, non, ils les tirent complètement et les mordent sans délicatesse, aucune! Les français n’avaient encore jamais compris pourquoi on avait nommé le baiser ou le patin, «French Kiss», mais c’est parce qu’en fait, c’est une manière de faire qui n’est pas répendue partout, qui est peut être finalement très spécifique aux petits frenchies qui savent allier la douceur à la passion! Et même à l’époque d’un monde globalisé, on voit que les bonnes choses sont finalement peu diffusées. Je déclare l’étudiant Erasmus, ambassadeur du «French Kiss». Ce n’est pas une mission de civilisation mais de solidarité féminine.

 

Pour parler de choses dites plus sérieuses, l’été stambouliote, n’attirent pas que des hordes de touristes, mais aussi de hautes personnalités politiques françaises. Officiellement en visite, officieusement en congé, ils se donnent quand même la peine de faire des conférences. C’est comme cela que nous avons accueilli la semaine dernière Jacques Chirac à l’université de Galatasaray, venu recevoir un prix d’honneur en Relations internationales, pour son action pour la paix. Mais c’est aussi Rachida Dati, qui fera une conférence sur «la place des femmes dans la société», ou Jack Lang, qui interviendra sur «Culture, économie, démocratisation». Valérie Pécresse était aussi en visite. Il ne manque plus que Nicolas Sarkozy pour compléter la liste. Il serait temps, qu’il mette le pied dans le pays dont il refuse l’adhésion à l’Union européenne, pour pouvoir juger par lui-même de la situation réelle et non pas imaginée!

Par Chloé
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Samedi 1 mai 2010 6 01 /05 /Mai /2010 00:17

23 avril

Il y a tout juste une semaine, le 23 avril 2010, en Turquie, on célébrait la journée des enfants. Les écoles et les universités sont fermées à cette occasion. C’était le 23 avril 1920, que l’Assemblée nationale extraordinaire s’était réunie à Ankara, en pleine guerre d’indépendance contre les puissances européennes, pour poser les fondements d’une république indépendante, moderne et laïque. Depuis 1929, cette date est célébrée ainsi comme fête de l’enfance et comme anniversaire de la souveraineté nationale. C’est donc le lieu d’une grande démonstration, digne d’une célébration soviétique, du sentiment national, où l’on commémore les débuts et les valeurs de la République turque autour de la personnalité de Mustafa Kemal son fondateur. Comme l’a voulu Atatürk, ce jour est l’occasion de sensibiliser et de mobiliser l’ensemble de la population turque, en particulier les enfants, pour la consolidation des acquis de la modernité et de la laïcité, piliers de la nouvelle nation turque. C’est aussi l’occasion de faire découvrir la culture turque aux enfants du monde entier. La journée et les événements sont largement couverts par les médias et tous les ans, on invite à la célébration des enfants étrangers. Dans un article, je lis «Durant cette journée pas comme les autres, la Turquie confie son destin aux enfants. Les petits désertent, dans une ambiance de fête et de "responsabilité", leurs établissements scolaires et salles de cours pour investir et prendre les rênes des instances de décision aussi bien au niveau local, régional que national. » . On aura tout vu!

 

Ce qu’on voit plus souvent sur les écrans des télévisions c’est la démonstration appliquée d’exercices physiques, comme la danse, les chorégraphies, etc.. des écoliers dans les stades. Je ne ferai ici que glisser l’idée que ça rappelle quand même un peu les défilés des mouvements de la jeunesse d’un certain parti unique du XXème siècle. Dans le contexte de la Turquie, la polémique porte plutôt sur la longueur des jupes et des shorts des jeunes filles dans les défilés. Les laïcistes défendent le port des shorts qui laissent voir les cuisses, et les militants islamiques sont davantage pour couvrir un peu plus les gambettes de ces demoiselles. Mais je ne saurai vous dire cette année, de combien on a rallongé ou raccourci les fameux shorts des écolières.23-avril-2.jpg

 

Mais le 23 avril, c’est surtout le moment de sortir le drapeau turc de son placard, ou de le détourner de sondrapeau-turc-lit.jpg utilisation quotidienne comme couvre lit, tout dépend du degré de fétichisme des familles turques, pour le faire pendre au bord de la fenêtre. Le phénomène est similaire à celui de la Toussaint en Pologne, où là-bas, à chaque fenêtre de la maison, on allume des bougies. Depuis une semaine, on observe une floraison subite de drapeaux rouges, au croissant et à l’étoile. Mais le phénomène prend une ampleur presque démesurée quant il s’agit des bâtiments publics, écoles et universités et même privés comme les banques. Ceux-là arborent un drapeau de la taille de leur façade, il est presque comparable au drapeau qu’on fait dérouler dans les stades de foot lors des coupes du monde. Pour le écoles, d’accord, mais les banques…! C’est au cas où on aurait oublié qu’on était en Turquie?! Réticente à tous mouvements ou démonstrations nationales, je me suis sentie toute petite et oppressé sous ces imposants drapeaux. C’est tout simplement trop. Mais c’est facile de participer à la commémoration de la république, il suffit de sortir son drapeau qu’il soit petit, grand ou gigantesque! drapeau-turc-2.png

 

Cette histoire de drapeau, m’amène à l’idée d’américanisation de la société turque. Mais quelle société est de nos jours exempte d’une telle propagation de grès ou de force, me direz vous. Dans le cas de la Turquie, le phénomène est flagrant par rapport à la multiplication des drapeaux. A Istanbul, vous en verrez un peu partout, et toute occasion est bonne pour les arborer. En France on se contente d’en disposer près des mairies, des ministères, ou pour les grandes occasions. Comme si la Turquie venait de conquérir des nouveaux territoires ou comme si certains étaient revendiqués par un pays frontaliers, la Turquie ressent le besoin de placer un gigantesque drapeau à tous les points culminants dans Istanbul et autour de la ville. Comme pour les Etats-Unis, c’est un moyen de créer une unité nationale dans des États dont la population est diverse ethniquement et religieusement parlant, quoiqu'on veuille bien en dire. On peut parler de culte national, dans un pays où les valeurs fondatrices de la république ne suffisent plus à souder la société, dont une partie réclame que la république renoue avec ses racines religieuses, mais sans remettre en cause le régime démocratique, qui est depuis peu, apparemment stable et établi pour de bon.

 

Cette fois-ci empruntée à la culture anglo-saxonne, la sécurisation de la vie quotidienne de la société turque. J’avais déjà remarqué la forte présence de la police ou des CRS turcs dans les rues, la mobilisation démesurée de ces derniers pour n’importe quelle manifestation, la tendance à lancer un peu trop facilement des bombes lacrymogènes et à sortir des véritables tanks urbains dans les axes principaux de la ville. Mais ce qui est beaucoup plus discret, c’est l’omniprésence des caméras de surveillance où que vous alliez, même dans les restaurants ou cafés bon marché, il y a de grandes chances, que le moment où vous mettiez votre doigt dans le nez eut été enregistré. Récemment, j’ai remarqué que dans mon quartier, dans ma rue, il y a des caméras partout. Je pense que les caméras ne comptent même pas d’angle mort ou de zones non couvertes. C’est pour dire, il y a des vidéos à chaque point du carrefour. Même les universités en regorgent, pas seulement à l’entrée de l’établissement, à l’intérieur aussi, on en compte au moins deux à chaque étage de la bibliothèque, mais pas encore dans les salles de cours, du moins je l'espère. Je ne peux m’empêcher de parler de «Big Brother », il a l’œil sur chacun de nous où que l’on soit. Si ça rassure quant à notre sécurité? Non pas vraiment, on a plutôt tendance à être parano et à se demander où l’on peut bien échapper à l’œil soit disant bienveillant de l’appareil étatique qui entrave notre vie privée et certaines libertés. Je me pose la question de la nécessité réelle et de la légitimité de toute cette installation électronique dans chaque recoin de la ville. Est-ce que ça empêchera les gens de se faire voler, tabasser, agresser? Ou pour parler d’un grand sujet de discussion, est-ce que ça empêchera un terroriste de poser ou de faire éclater une bombe? J’en doute fort. Est-ce qu’il y a vraiment des gens qui regardent la chaîne de télévision qui retransmet les vidéos du circuit autoroutier stambouliote? Enfin bon, tout ça ne m’empêche pas de dormir tranquille, mais jusqu’où ira un État dans le renforcement sécuritaire au dépend de la vie privée de sa population?

 

Demain, nous sommes le 1er Mai, journée internationale de la fête du travail. En Turquie, c’est aussi un jour férié. En cette année 2010, le 1er mai sera différent des autres. C’est la première fois dans l’histoire que les autorités turques autorisent une manifestation sur la place Taksim, haut lieu symbolique des revendications syndicales et de la lutte pour la démocratie. Pour cet événement, la municipalité a disposé un peu partout au bord des trottoirs des barrières de police, les tanks urbains se sont dégourdis les jambes avant le grand jour. Ils ont même pensé à enlever les vitres des arrêts de bus. En effet, vaut mieux prévenir (la casse), que guérir! J’espère que demain sera un jour de manifestation à Taksim, auquel les yeux rougis et larmoyants seront absents.

 

Pour finir sur une note plus gaie: alors que mes yeux étaient rivés sur le match de NBA, une scène sur l’écran d’à côté distrait mon attention. Il s’agissait de la scène extraordinaire et chaotique au Parlement ukrainien, entre jets d’œufs, de bagarres entre hommes en costume et de fumigènes. J’ai tout d’abord été choquée et je suis restée bouche bée devant tel comportement de la part d’une élite dirigeante d’un pays, « ce sont des rustres » me suis-je dit. Puis le sentiment premier d’indignation a laissé place à celui d’admiration:  c’est ça qui nous manque à l’Assemblée nationale française, on a pas vu ça depuis le XIXème siècle, une bonne bagarre à la place des discours ennuyeux que seuls écoutent les jeunes députés en fonction , certaines personnes engagées en politique à leurs heures perdues. Et les joutes des candidats aux présidentiels nous manque aussi. Aux dernières présidentielles, on ne peut pas vraiment parler de joutes verbales, à la limite de pics, mais c’était trop facile face à un candidat qui se discréditait lui-même. Bagarre-au-parlement-ukrainien-630x422.jpg

 

Sauf que l’enjeu auquel était confronté l’Ukraine, il n’en existe, à ma connaissance, pas de comparable en ce qui concerne la France. En effet, l’Ukraine venait ratifier l’accord sur le maintien jusqu’en 2024 de flotte russe en Crimée. Ce accord met directement en cause la fragile indépendance de l’Ukraine et sa souveraineté face à son puissant voisin . Le malaise et le mécontentement était grand à ce moment au Parlement, ce qui a finalement débouché sur une confrontation directe et musclée entre députés pro-occidentaux et pro-russes. Ça chauffe à l’Est!

 

http://www.tuxboard.com/bagarre-au-parlement-ukrainien-photos-video/

 

Par Chloé
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